Après que le Président de la République ait engagé à marches forcées un processus de réforme de l’organisation territoriale comprenant la création d’un Grand Paris, les élus locaux très directement concernés apprennent par la presse quelles seront les préconisations de la commission animée par Monsieur Balladur. Quel mépris pour la démocratie la plus élémentaire, une fois de plus ! Et en premier lieu pour les populations concernées. Car il ne s’agit pas de mesurettes techniques mais de décisions qui auront de très nombreuses conséquences dans tous les domaines de la vie. On y apprend que des départements seraient supprimés, des régions disparaîtraient, ainsi que les communautés d’agglomération en région parisienne, alors que celles-ci sont renforcées dans tout le reste de l’hexagone. Un Grand Paris est créé, ressuscitant à peu de choses près l’ancien département de la Seine, faisant fi des dynamiques territoriales qui se sont pas à pas construites, et éloignant délibérément les citoyens des lieux de décisions, réduisant inévitablement le nombre de leurs élus alors que le besoin est grand au contraire d’un développement inédit de la citoyenneté. La communauté d’agglomération que je préside, Plaine Commune, ce sont 340 000 habitants, 8 communes populaires au Nord de Paris qui se sont volontairement regroupées pour mener ensemble, à une échelle pertinente, en mutualisant les moyens, leurs projets pour un développement durable et solidaire de leur territoire. C’est un projet commun de territoire et un élan retrouvé au service des populations, qui allie développement économique et développement social, qui veut se donner les moyens, pour sa part et en partenariat avec tous les autres pouvoirs publics, de répondre aux besoins humains, aux enjeux essentiels que sont l’emploi, l’habitat, les déplacements, la formation, le refus d’un développement qui crée toujours plus d’exclusion et de ségrégation ; permettre le vivre ensemble et la diversité sociale, l’égalité des droits. Car c’est de cela qu’il s’agit et non de mille feuille administratif ! Si l’on suit la commission Balladur, Plaine Commune devrait disparaître ; au nom sans doute du même principe de fausses économies mais source de vrais dangers pour les populations, qui fait sacrifier tous les services publics de proximité partout en France, hospitaliers, postaux, de formation, de recherche, de transport, de l’emploi. C’est inacceptable ! Les propositions de la commission montrent que, si auditions il y a bien eu, aucun compte n’a été tenu des avis, du travail, des analyses, des actions, et même des batailles, ni des propositions des élus territoriaux dont toutes les enquêtes indiquent qu’ils sont pleinement reconnus dans leur engagement pour l’action publique au service des citoyens. En région parisienne un travail considérable a été mené, associant l’ensemble des élus, avec des temps de débat public, sur le devenir de notre région capitale. Au niveau de la métropole parisienne, ce travail se poursuit avec la création d’un Syndicat mixte d’études, outil des collectivités locales qui l’animent. Un travail sérieux, responsable, divers et coopératif, soucieux de se donner les moyens de relever les défis sociaux, écologiques de notre siècle. Elle est là, à nos yeux, la modernité : celle qui consiste à mettre les hommes au cœur et acteurs citoyens du développement. Cette modernité là ne s’oppose pas à l’attractivité économique, qui ne saurait aujourd’hui s’affranchir des contraintes écologiques ni du contrat social. A condition toutefois d’accepter de lever les yeux vers demain et non de rester rivé à des considérations indécemment politiciennes de très court terme, et de faire preuve de respect pour la population de ce pays.
|