Urbanisme, transports, environnement :
Retour sur la 4e édition des Jeudis de l’architecture, le 18 juin dernier
Le rêve de Paris à la mer d’Antoine Grumbach
Publié le 23/06/2009
Une semaine après Bernardo Secchi et Paola Vigano, les Jeudis de l’architecture accueillaient le 18 juin l’urbaniste Antoine Grumbach dans l’auditorium du Stade de France pour leur quatrième édition.
Bien connu sur le territoire de Plaine Commune pour s’occuper notamment du chantier du réaménagement de la Porte de Paris, Antoine Grumbach a donc pu à son tour livrer au public sa vision de l’agglomération francilienne post Kyoto. Intitulé Seine Métropole, ce projet envisage l’utilisation de l’eau comme la pierre angulaire de la Cité du XXIe siècle.

Pour Antoine Grumbach, seule la grande échelle est pertinente pour envisager l’urbanisme de demain. La question de la relation entre le lieu de vie et le lieu de production des biens, des déchets, des produits agricoles est au cœur des enjeux de la réduction des gaz à effets de serre qui constitue le point clef du protocole de Kyoto.
Compte tenu de l’importance du transport maritime qui prendra de plus en plus d’ampleur, il est indispensable pour chaque grande métropole d’être en lien direct avec la mer, de posséder un port international. C’est la raison pour laquelle Antoine Grumbach pense qu’il est nécessaire de relier le Grand Paris à la mer en suivant le cheminement de la Seine jusqu’au Havre. Selon lui, cette « ville de vallée de la Seine » devra se poser la question du rapport à l’environnement : « la ville-nature est la métaphore de la métropole de demain ».
En matière de transport, il est important d’envisager les solutions pour réduire les distances : « Paris ne devra jamais être à plus d’une heure de la mer ». Aujourd’hui, 70% de la population mondiale vit à moins de 100 km des côtes. « La relation entre Paris, Londres et Rotterdam constitue le triangle d’articulation de la grande mégapole du XXIe siècle », explique Antoine Grumbach. Il doit y avoir une solidarité des territoires dépassant les frontières nationales autour des bassins hydrologiques.

Crédit Antoine Grumbach et associés
Aujourd’hui les habitants de l’agglomération parisienne ont une vision de leur métropole basée sur le noyau que constitue la capitale. Pour Antoine Grumbach « il est important de ne pas donner de limite à la mégapole. Certaines évidences sont géographiques, comme celle de la vallée de la Seine. » Il faut créer un modèle dynamique dans lequel industrie, habitat et nature constituent une structure cohérente. La ville devra se réapproprier la Seine pour aboutir à la ville-nature et relier les trois grands ports que sont Paris, Rouen et Le Havre. Le tracé du fleuve constituera donc l’axe de développement de cette métropole de demain qui dépasse donc allègrement les seuls enjeux du Grand Paris.
La mobilité constitue l’élément central de ce grand projet, celle-ci devra faciliter cette métamorphose urbaine : « il faudra tresser les moyens de cette mobilité à toutes les échelles, de la trottinette jusqu’à la ligne à grande vitesse », en développant les outils de transport, notamment fluviaux, maritimes et ferroviaires. « Les ports doivent redevenir les moteurs du développement économiques des villes ». Les autoroutes quant à elles devront être investies par les transports publics. Pour Antoine Grumbach, il est nécessaire de mettre des monorails sur les autoroutes pour matérialiser par les modes de transport cette ligne de vie qu’est la Seine et réaliser « le rêve de Paris à la mer ».

Au terme de cette présentation de l’architecte, Patrick Braouezec, président de Plaine Commune, a salué l’aspect novateur de cette idée de création d’un lien entre la zone dense de l’agglomération parisienne et Le Havre tout en mettant en exergue l’ampleur du défi que cela constituerait. De son côté, le public dans son ensemble, s’est montré très surpris par l’échelle gigantesque adoptée par Antoine Grumbach dans son projet. Le fait d’axer le développement de la métropole sur la Seine, de relier Paris à la mer a provoqué des réactions très diverses.
Pour certains ce modèle de développement est révolutionnaire. Pour d’autres, la posture de l’architecte est en contradiction avec la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre et donc des distances parcourues quotidiennement. En cela, la question de la place prépondérante de l’autoroute dans ce projet a suscité un certain nombre d’interrogations auxquelles Antoine Grumbach a répondu en rappelant l’absolue nécessité de créer les grands axes de déplacements qui relieraient Paris aux ports maritimes. Le « grand territoire » ainsi constitué est le seul permettant de répondre aux objectifs de la métropole de l’après Kyoto, car Paris est aujourd’hui la seule grande métropole mondiale qui ne soit pas portuaire.
P.E
Crédit photos : julien Jaulin
Les Jeudis de l'architecture
Les Jeudis de l’architecture et de l’urbanisme, Rêves Métropolitains, sont un espace d’échange et de rencontre, nés de la volonté de faire connaître et comprendre au plus grand nombre les projets des dix équipes d’architectes retenus pour la consultation internationale sur l’avenir de la métropole francilienne, le Grand Paris.
Initiées par Patrick Braouezec, président de Plaine Commune, en partenariat avec le Stade de France, ces rencontres se déroulent régulièrement, un jeudi, et accueillent un architecte qui présente au public sa vision du développement de la région capitale, explique sa démarche et dialogue avec les citoyens et les élus.
Ces rendez-vous sont ouverts à tous.
Prochains rendez-vous :
- Jeudi 2 juillet : Djamel Klouche
- Jeudi 9 juillet : Christian de Portzamparc
Retour sur les éditions précédentes :
> La ville poreuse de Bernardo Secchi et Paola Vigano
> Le Grand Pari(s) de Roland Castro
> Le Grand Paris vu par Yves Lion
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