Urbanisme, transports, environnement :
Retour sur la troisième édition des Jeudis de l’architecture
La ville poreuse de Bernardo Secchi et Paola Vigano
Publié le 16/06/2009
Les architectes urbanistes italiens Bernardo Secchi et Paola Vigano étaient les invités de la troisième édition des Jeudis de l’architecture Rêves métropolitains, le 11 juin dernier au Stade de France. Le public était une nouvelle fois au rendez-vous pour prendre part au débat sur le Grand Paris de l’après Kyoto.
Depuis le mois d’avril dernier et la première occurrence des Jeudis de l’architecture avec Roland Castro, ce rendez-vous récurrent, initié par Plaine Commune, propose de présenter au public les projets des dix équipes d’architectes retenues pour mener une réflexion sur l’avenir de la métropole francilienne, le Grand Paris.
Au-delà de l’exposé de ces dix projets, il s’agit de provoquer le débat entre ces professionnels de l’urbain et les habitants, ceux qui vivent et font vivre la ville au quotidien, de mettre les citoyens au cœur de la métamorphose de leur ville.
Pour les architectes Bernardo Secchi et Paola Vigano, toutes les métropoles auront à résoudre trois problématiques fondamentales au cours des prochaines décennies : la réduction des inégalités sociales, les bouleversements climatiques et de façon plus globale les problèmes environnementaux (eau et énergie), et enfin la mobilité. C’est donc au regard de ces trois axes que l'équipe d'architectes a fondé sa réflexion en s’entourant de spécialistes de chacun de ces domaines.
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La priorité du désenclavement géographique et social
Pour initier son travail, l'équipe Secchi a adopté une méthodologie empirique. Elle a ainsi arpenté l’agglomération parisienne en allant à la rencontre de ses habitants, en se concentrant sur la diversité des situations sociales, architecturales et urbaines. Car c’est une vérité indéniable : l’Ile-de-France revêt de multiples visages parfois diamétralement opposés.
Le constat immédiat fut que cette région n’est pas « poreuse » : un concept qu’ils empruntent à la géologie, et qu’ils définissent par le rapport entre le plein et le vide.
Par cette image de porosité Bernardo Secchi nous dit que dans chacune des zones de l’agglomération parisienne les liens sont minimes, on ne passe pas de l’une à l’autre. Pour y remédier, il faudra donc connecter ces différentes zones et rendre perméables les différents tissus urbains afin de permettre l’accessibilité de tous dans les différentes strates du Grand Paris. Il est également nécessaire de briser les enclaves qui ont des conséquences sur la géographie sociale caractérisée par de nombreuses inégalités. Bernardo Secchi illustre cette idée en prenant le parti de s’intéresser aux monuments et aux les lieux qui font sens pour la population : « les lieux qui ont un nom », qui portent un sens symbolique ou fonctionnel. Ces lieux étant eux-mêmes caractéristiques des différences existantes.
Pour lui le découpage radioconcentrique de l’agglomération parisienne, avec en son centre la capitale et les deux couronnes, n’a plus de sens, il est d’un autre temps et enferme ses habitants en les hiérarchisant socialement. Une hiérarchisation qui s’est matérialisée géographiquement.
Rendre poreuses ces strates prend donc ici tout son sens. Le désenclavement géographique est la première pierre de l’édifice du désenclavement social.
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Vers un nouveau rapport homme – nature
L’eau occupe également une place clef dans le travail de Bernardo Secchi et de Paola Vigano. Pour eux, il faut réintroduire de nouvelles relations à l’eau dans nos villes, « de nouvelles relations biotiques ».
L’aspect fonctionnel de l’eau est très important. Regarder la ville au travers de l’eau offre un point de vue différent. Il faut prendre conscience du risque lié à l’eau, celui des crues dans une métropole dense. Une grande partie de notre région (17 %) serait menacée directement dans un cas extrême de changement climatique occasionnant crues et sécheresses de grandes envergures. La philosophie de la résistance face aux effets du climat atteindra vite ses limites. La ville poreuse donnera de l’espace à l’eau pour minimiser ces risques : « Il faut inventer de nouvelles façons de vivre avec l’eau ».
La conservation de la biodiversité devra être un objectif prioritaire dans la ville de demain. En cela les parcs devront être repensés afin de ne plus être des éléments séparant les différentes zones urbaines, au contraire, ils devront être des facteurs de liaison entre celles-ci. Il faut donc imaginer ces parcs comme des éléments de « connexion », des éléments liants. Contrairement Jean Nouvel et Roland Castro, Bernardo Secchi ne pense pas à densifier les parcs et les zones naturelles, mais plutôt de les envisager comme des zones habitables et dédiées à de nouvelles fonctions.
Le problème de la consommation d’énergie doit aussi être considéré comme une priorité de la ville moderne. Mais avant de penser à créer des édifices exemplaires sur ce plan, il faut dans un premier temps améliorer les performances énergétiques de chaque bâtiments, de l’existant, tout en ayant à l’esprit qu’au regard de ses ressources naturelles, l’Ile-de-France ne sera pas capable de subvenir à ses besoins en se basant sur les énergies renouvelables.
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Le défi de la proximité universelle
La mobilité est le troisième grand axe du travail de Bernardo Secchi qui en fait une partie intégrante des droits de l’Homme. Pour lui, la réduction de la distance domicile-travail est un idée purement illusoire, il faut au contraire une « accessibilité généralisé ».
Là encore l’idée de connectivité est centrale : chacun devra pouvoir accéder à tous les lieux de la métropole. Une proximité universelle doit être permise par les transports et elle devra devenir une norme. Il faudra donc connecter tous les espaces, rompre avec le principe de convergence vers le centre : « Il faut développer un réseau de la grande métropole permettant de relier tous les espaces sans passer par Châtelet ».
Le Grand Paris devra donc être tressé par un maillage de transport échappant à cette logique de centralisation. L’engagement d’un grand chantier de désenclavement permettant l’accessibilité généralisée relève de l’absolue nécessité.
Pour Bernardo Secchi, l’une des pistes à suivre principalement est celle du tramway qui constitue le mode de transport le plus adapté et le moins coûteux à grande échelle. Il faut créer un grand nombre de stations dans un réseau connectant les grands pôles, ces fameux « clusters » devenus évidence dans les diverses réflexions sur le Grand Paris.
Au terme de sa présentation, Bernardo Secchi et Paola Vigano ont pu échanger avec le public. Celui-ci s’est montré à la fois convaincu par le projet et interrogatif sur les moyens de parvenir à la réduction des inégalités. La notion de réorganisation décentralisée des transports publics a quant-à elle fait écho aux aspirations des habitants. Il est en effet important de l’avis général d’arrêter de penser la métropole francilienne par le seul prisme de la capitale. Il faut construire le socle de la ville de demain.
P.E
Crédit photos : julien Jaulin
>Le Grand Pari(s) de Roland Castro
>Le Grand Paris vu par Yves Lion
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