Urbanisme, transports, environnement :
Les jeudis de l'architecture
Le Grand Paris vu par Yves Lion
Publié le 19/05/2009
Après Roland Castro lors de la première occurrence de ce rendez-vous des jeudis de l’architecture, c’était au tour d’Yves Lion de soumettre sa vision du futur de la région francilienne au débat dans l’auditorium du Stade de France le 14 mai dernier.
Connu pour avoir notamment œuvré à la transformation de la Plaine Saint-Denis dans le cadre du groupe Hippodamos 93 qu’il coordonne depuis 1991, Yves Lion a planché sur le projet du Grand Paris pour le compte du groupe Descartes.
Pour Yves Lion, qui a intitulé son travail Paris Région Capitale Ville Villes, il est important d’orienter la réflexion en prenant la population comme point de départ : « ce qui serait extraordinaire serait d’améliorer l’ordinaire ». De plus, il est selon lui primordial que l’architecture ne s’enferme pas dans un cloisonnement disciplinaire stérile, mais qu’au contraire les différentes disciplines qui pensent la ville travaillent ensemble et se complètent.

L’une des clefs du travail d’Yves Lion réside dans la notion de densité urbaine : il faut utiliser au mieux la surface dont nous disposons, il faut par ailleurs associer entre elles des communes qui pourraient revêtir, ainsi rassemblées, une nouvelle importance, compter d’avantage à l’échelon national et international. Le groupe Descartes préconise donc une mégapole francilienne composée d’une vingtaine de villes d’environ cinq cent mille habitants chacune, rappelant ainsi la notion de polycentralité assez souvent évoquée dans les débats autour du Grand Paris.
La question des déplacements apparaît également comme une problématique centrale du travail d’Yves Lion. Il s’agit pour lui, dans un premier temps, distinguer ce qui relève de l’urgence de ce qu’il sera à terme important de réaliser en matière d’aménagement des réseaux de transport. Ainsi les trajets dits tangentiels, c’est-à-dire de banlieue à banlieue, posent actuellement des problèmes notoires (mauvaises conditions de transport, réseaux saturés…) et constituent donc une priorité.

Pour Yves Lion il s’agit d’organiser le milieu urbain francilien en grand pôles et de se poser la question des déplacements entre ces derniers, en rompant ainsi avec la logique des réseaux de transport radioconcentriques qui font le tour de Paris ou de la première couronne. Il faut réaliser davantage de pôles économiques, plus diversifiés et plus denses en créant notamment de nouveaux quartiers. En complément à cela, il est décisif de fluidifier les réseaux autoroutiers, notamment urbains, qui sont pour l’heure régulés par défaut par la congestion systématique. Pour Yves Lion il est donc important de créer de nouveaux réseaux de transport mieux pensés, notamment pour les circuits courts, ce qui favorisera un développement des villes et augmentera leur densité.
La question du logement constitue également un axe fort du travail d’Yves Lion. Pour lui, là encore, il faut augmenter la densité des habitats afin que nous vivions plus près les uns des autres en évitant au maximum de construire des foyers isolés, ce qui aurait pour avantage de permettre de substantielles économies d’énergie. L’idée reçue selon laquelle il n’y aurait plus d’espace foncier dans notre région est fausse car on décompte 268 km² de terrain disponible, alors que par exemple Paris ne s’étend que sur 105 km². Au plan des conclusions, il serait intéressant de mieux adapter les constructions aux usages qui seront les leurs, de créer des typologies du bâtit corrélée à l’usage fonctionnels des lieux.

Le développement durable, la lutte contre le réchauffement climatique et bien sûr l’absolue nécessité de préserver la place de la nature et de l’élément végétal au sein de nos milieux urbains sont également au cœur du questionnement sur le futur de l’Ile-de-France. Ainsi Yves Lion préconise notamment la création d’ « agroparcs » afin de diversifier et de développer massivement l’agriculture francilienne.
Après sa présentation devant un public venu encore une fois nombreux, Yves Lion a répondu aux questions de son auditoire. Il a ainsi pu rappeler que l’architecture se devait d’assumer les erreurs qu’elle avait commises par le passé, notamment en ce qui concerne les grands ensembles, pour permettre un renouveau de l’urbanisme. Pour lui il n’y a pas de solution « clef en main » adaptable à tous les types de milieux urbains. Au contraire il s’agit pour les architectes et les urbanistes de travailler sur des politiques d’aménagement adaptées à chacun des lieux à traiter. Il est important de refaire de la ville sur les lieux délaissés car le Grand Paris ne peut pas être une grande ville uniforme, il faudra y retrouver toutes les fonctions humaines.
P.E
Crédit photos: Julien Jaulin
Calendrier des jeudis de l’Architecture
- Jeudi 11 juin en présente des architectes Paola VIGANO et Bernardo SECCHI
- Jeudi 18 juin en présence de l’architecte Antoine GRUMBACH
- Jeudi 02 juillet en présence de Djamel Klouche
- Jeudi 09 juillet en présence de Christian de Portzamparc
Les autres dates vous seront communiquées ultérieurement
>Le Grand Pari(s) de Roland Castro
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