Urbanisme, transports, environnement :
Retour sur le 1er rendez-vous des Jeudis de l’architecture
Le Grand Pari(s) de Roland Castro
Publié le 27/04/2009
Régulièrement, un jeudi, des architectes internationaux présentent au Stade de France leur vision du "Grand Paris" et en débattent avec vous. Roland Castro s’est prêté à l’exercice le 23 avril dernier
Le rendez-vous est pris. Régulièrement, à l’initiative de Plaine Commune, en partenariat avec le Stade de France, un architecte dont le projet a été retenu par l’Etat pour imaginer l’avenir urbain de la région capitale exposera son travail aux habitants et aux élus du territoire.
C’est donc le 23 avril dernier dans l’auditorium du Stade de France que l’architecte Roland Castro et Patrick Braouezec, président de la communauté d’agglomération, ont donné le coup d’envoi de ces Jeudis de l’architecture nés de la volonté de faire connaître ces projets au plus grand nombre et de susciter le débat.
« Comment concevoir l’avenir de la métropole parisienne après Kyoto avec toutes les exigences que le respect de l’environnement impose aujourd’hui ? ». C’est la question introductive posée par Patrick Braouezec pour présenter ce rendez-vous qui sera donc récurent.

« Le Grand Paris, au départ, c’est un projet qui nous dépasse tous de par son ampleur », indique Roland Castro en préambule à sa présentation qui privilégiera la notion de polarité à celle de centralité. « Le Grand Pari(s), du devoir d’urbanité », comme le nomme Roland Castro, devra avant tout s’appuyer sur la citoyenneté, comme base fondatrice de la métropole de l’avenir : « Fabriquer du lien dans l’espace, dans une capitale pour l’homme ».
Pour Roland Castro, il faut donner de la valeur à toutes les parcelles du Grand Paris, à l’inverse de ce qui existe aujourd’hui où la centralité de la capitale absorbe et concentre les pouvoirs de toutes natures. A cela il faut ajouter la problématique écologique incluse dans le rapport ville-nature et la question de l’esthétique qui n’a pas toujours été prise en compte par le passé mais qui constitue un élément décisif pour la qualité de vie de l’homme dans son milieu : la métropole.
Depuis sa création, Paris s’agrandit autour de son centre et dévore sa banlieue étape par étape. A cet état de fait l’architecte répond par l’idée du « patchwork » dans laquelle la centralité n’existerait plus que dans sa dimension historique. Le Grand Paris multipolaire s’étendant sur environ 160 km² s’appuierait sur des aires de cohérence géographique révélées par l’étude sensible du paysage. "On a le droit de se donner des règles qui ne sont pas guidées par la nécessité".

Au cours de sa présentation, Roland Castro a également abordé la question des lieux symboliques qui sont indéniablement constitutifs du lien social et qui en disent beaucoup sur ce qu’est une ville, un pays, lui-même intégré au monde. Pour lui il faut créer de nouveaux lieux symboliques alors que ces lieux sont quasiment tous aujourd’hui parisiens et issus pour la plupart de la monarchie ou de l’Empire. Il y derrière cela l’idée de fabriquer une société dans laquelle toutes les provinces auraient leur lieu de célébration, de lien social et de "vivre ensemble".
La question des transports a elle aussi été abordée et divisée en deux catégories par Roland Castro: "les transports poétiques" qu’on a plaisir à emprunter, qui agrémentent le quotidien comme par exemple les tramways ou les bateaux fluviaux. De nouvelles pistes ont aussi été évoquées comme celle du téléphérique qui pourrait être viable dans certaines zones de la région parisienne. A ces modes de déplacement de l’urbain bucolique est opposée la notion de "transport rapide" (métro, train) qui est indiscutablement un impératif de la société moderne. Selon l’architecte, un habile mélange de ces différents modes de transport constituerait la meilleure solution pour la ville de demain.
Bien au-delà des considérations techniques, l’architecte a donc livré au public nombreux sa conception de ce que doit être pour lui la ville de demain. Au terme de cette présentation parfaitement illustrée par des schémas et des dessins projetés sur l’écran géant de l’auditorium, l’architecte s’est prêté au jeu des questions avec son auditoire.

« Le grand Paris est-il absolument nécessaire ? », « Qu’en est-il de la dichotomie actuelle entre Paris et la banlieue ? », « Peut-on en finir avec le règne des tours ? », « Quelle sera la place des espaces végétaux dans la métropole de l’avenir ? », « Quelle mode de gouvernance pour le Grand Paris ? », « Qu’en est-il des transports et particulièrement de l’automobile dans la ville de demain ? » autant de questions diverses et variées auxquelles Roland Castro et son équipe ont répondu sans détour.
Selon lui, le Grand Paris va dans le sens de l’histoire et de l’évolution de la société. Au niveau architectural, le fait d’ériger des tours ne comporte pas en lui-même d’aspect négatif si celles-ci sont pensées de façon harmonieuse, en adéquation avec leur environnement immédiat avec la nécessité impérative d’aménager des espaces verts et des espaces publics de qualité.
Avant de mettre un terme à cette soirée d’échange et de discussion sur l’avenir commun des franciliens, Patrick Braouezec réaffirmé sa volonté de penser le Grand Paris du point de vue de la banlieue afin de rompre enfin avec les inégalités sociales et territoriales qui caractérisent l’urbanité contemporaine et qui éloignent toujours les populations les plus fragiles de la centralité. Pour finir le président de la communauté d’agglomération a conclut en rappelant l’absolue nécessité d’appliquer dans la métropole de demain le « droit pour tous à la centralité ».
Prochains rendez-vous des Jeudis de l’architecture :
» Jeudi 14 mai : Yves Lion
» Jeudi 11 juin : Bernardo Secchi et Paola Vigano
» Jeudi 18 juin : Antoine Grumbach
» Jeudi 2 juillet : Djamel Klouche
La liste sera complétée ultérieurement
Rendez-vous :
De 18h30 à 21h au Stade de France - Accès Porte T
Entrée libre et ouverte à tous.
Pascal EVRARD
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